Entretien avec Julie Bonnie : « J’aime l’idée de rentre le lecteur complice des mensonges, des non-dits »

Entretien avec Julie Bonnie : « J’aime l’idée de rentre le lecteur complice des mensonges, des non-dits »

Après Chambre 2 (2013), Mon amour (2015) ou Alice et les Orties (2016), Julie Bonnie est de retour avec Je te verrai dans mon rêve, son sixième roman publié aux éditions Grasset. Entre finesses musicales et atmosphère seventies, l’artiste accomplie se livre sur ce nouvel ouvrage aux multiples facettes.

Dans ce nouveau roman, vous introduisez deux personnages, Blaise et Nour, que tout oppose. Il est ancien prisonnier et reprend le bar de son père, elle est née de père inconnu et grandit aux côtés d’une mère toxicomane. Blaise initie Nour à la musique, et espère en faire une chanteuse à talent. A travers ce prisme, un lien presque familial naît entre les deux personnages. Pourquoi choisir la musique comme ciment des relations ?

Julie Bonnie (JB) : Je suis musicienne. Violoniste, guitariste, chanteuse et auteur-compositeur. Il était logique, normal, et évident que je parle de musique, que j’aie envie de partager cette passion avec mes lecteurs. Je pense aussi que la musique peut transformer une trajectoire et changer une vie. C’est ce que je voulais raconter.

Etant donné votre lien étroit à la musique, y a-t-il une portée autobiographique dans le personnage de la jeune Nour qui rêve de vivre de ses morceaux ? Peut-on faire un parallèle avec votre propre adolescence ?

JB : Je ne sais pas trop. J’avais des parents tout à fait acceptables, lettrés, aimants. Sur ça, je ne peux pas me comparer à Nour, qui n’a personne sur qui s’appuyer. Elle m’a été inspirée de jeunes filles que j’ai rencontrées, à l’époque où je traînais trop jeune dans les bars, avec mon violon. Et de tous ces adolescents, qui vivent sur un fil et parfois s’écroulent. Il est sûr que la musique, monter sur scène avec mon groupe, quand j’avais tout juste 15 ans, a changé ma vie, m’a fait découvrir des univers qui n’auraient pas dû se trouver sur mon chemin si tout s’était passé comme mes parents l’avaient prévu. C’est eux qui m’ont inspirée, ces vies difficiles et ces univers perdus.

Vous avez décidé d’écrire un roman dans lequel plusieurs voix se chevauchent au cours des chapitres, celle de Blaise et  Nour, pourquoi ?

JB : Je souhaitais écrire à la première personne. Je voulais aussi des voix fortes, imagées, qui parlent argot. Et puis j’aimais l’idée de raconter la même histoire par deux voix différentes, et rendre le lecteur complice des mensonges, des non-dits, des différences de points de vue.

Dans ce dernier ouvrage, mais aussi dans C’est toi, maman, sur la photo ? (2019), les personnages ont tous quelque chose de rebelle à leur façon, d’où vous vient cette attirance pour les êtres au tempérament fort ?

JB : Bonne question ! J’en fais partie ? Un peu, sûrement. Ils me fascinent, c’est sûr. J’aime la fracture des équilibristes, je la trouve terriblement humaine.

Je te verrai dans mon rêve se situe dans les années 70′, peut-on penser que cette époque est choisie pour la période musicale en vogue ?

JB : Nour part sur son chemin en 1985. Je vais être affreusement honnête avec vous. Je voulais éviter la présence du téléphone portable. L’histoire pourrait se passer à n’importe quelle époque. En tout cas la relation entre Nour et Blaise. Par ailleurs, Nour est née en 1971 et moi en 1972… J’avais une petite idée de ce dont je parlais !

Quels sont les auteurs ou les musiciens qui vous inspirent pour écrire ?

JB : Oh là là ! Tant ! Pour n’en citer que quelques-uns, concernant ce livre… Django Reinhart (bien sûr), Pomme, Yaël Naïm, John Fante, Silvain Prudhomme, et Richard Powers.

Crédits photo : J-F PAGA / GRASSET

Pour découvrir Je te verrai dans mon rêve de Julie Bonnie en chronique, cliquez ici.

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