La légende des filles rouges, Kazuki Sakuraba

La légende des filles rouges, Kazuki Sakuraba

La légende des filles rouges, Kazuki Sakuraba – Trouble Bibliomane

Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas plongée dans de la littérature japonaise. Je me suis attaquée à La légende des filles rouges de Kazuki Sakuraba publié aux éditions Folio. Une très bonne façon de sortir de ma torpeur nippone !

Le jour où Man’yô, la petite orpheline du peuple des montagnes, est amenée à devenir l’épouse de l’héritier du clan Akakuchiba, tout s’ébranle. D’une vie difficile dans la cité ouvrière, elle intègre la grande bâtisse de la plus grosse fortune de tout le pays fondée sur la sidérurgie. Lors de la crise industrielle, toute la famille Akakuchiba se retrouve confrontée aux problèmes financiers. Tout repose alors sur la jeune fille de Man’yô qui, elle, n’a que faire de l’industrie familiale. Trois générations de femmes s’entrelacent pour créer une chronique familiale impressionnante.

« Le feu devint une fine ligne violette, tremblotante, qui s’éleva lentement dans le ciel nocturne jusqu’à une hauteur extraordinaire. La fumée était comme une corde, solide, violette, mystérieuse, et si vous l’agrippiez et que vous grimpiez à cette corde, vous pouviez monter jusqu’à l’infini. »

Ce roman est un merveilleux arbre chronologique où poussent des destins indomptés dont personne ne peut prédire l’impact. L’histoire de Man’yô et de sa fille est racontée par Toko, leur descendante. La narratrice captive le lecteur par son récit, la façon dont s’est orchestré le choc des générations et la fracture des mentalités dans ce clan puissant. Kazuki Sakuraba, quant à elle, se plait à mettre en valeur la richesse des croyances de son pays, mais aussi ses traditions, tout en laissant la science et le modernisme s’y opposer. La frontière entre le roman réaliste et fantaisie est faible, semant le doute çà et là.

La légende des filles rouges est aussi la chronique d’un monde qui change, qui évolue industriellement, qui s’occidentalise, et fait parfois table rase de l’essence même du progrès. Comme dans de nombreux autres pays, l’ère industrielle a susurré aux Hommes de donner plus, et au détriment de leur santé. Au cœur de cette crise, l’émancipation de la femme y est narrée avec brio. D’une parfaite épouse qui ne s’attarde pas face aux sujets de société, on glisse doucement à celle qui s’intéresse au monde, aux Arts, à la vie en somme. Au sein de ce roman, les femmes cassent les codes d’une société japonaise encore encrée dans le patriarcat. Elles jouent en réalité un rôle primordial.

Si le nombre de personnages est assez important, cela ne doit pas inquiéter le lecteur. Ils sont si bien travaillés, originaux, et doués de mille émotions qu’ils deviennent parfaitement dissociables. On se laisse immédiatement happer dans l’intimité de ce clan, nous découvrons à l’unisson leurs faiblesses, leurs forces, et c’est tout un monde que l’on a l’impression de laisser lorsque l’on referme ce roman. Aux confins de l’Asie lointaine et d’un temps révolu aux couleurs dynastiques, La légende des filles rouges est inoubliable.

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