De pierre et d’os, Bérengère Cournut

De pierre et d’os, Bérengère Cournut

De pierre et d’os, Bérengère Cournut – Trouble Bibliomane

Alors que 2021 touche à sa fin, les lectures de saison foisonnent à travers les chroniques, les articles ou les piles à lire qui se font de plus en plus denses à l’approche des vacances. Pour ne pas déroger à la règle, De pierre et d’os de Bérengère Cournut publié aux éditions Le Tripode a forcément trouvé sa place sur le site à quelques jours de l’hiver. Prix du roman Fnac 2019, l’ouvrage a été une révélation littéraire pour de nombreux lecteurs.

Une nuit, Uqsuralik se voit séparée de sa famille par une fracture dans la banquise. Livrée à elle-même, la toute jeune femme inuite doit désormais apprendre à survivre seule au cœur du grand froid polaire pour retrouver d’autres humains, un nouveau campement et surmonter ce drame.

« Devant mon mutisme, Sauniq finit par dire : « Ne t’inquiète pas. Nous allons coudre des plumes à la combinaison de ta fille. Grâce à son nom, elle connaît les couloirs du temps et le sens du vent. Si quelqu’un cherche à lui faire du mal, elle pourra se sauver comme un oiseau qui prend les courants ascendants ». »

Il est difficile aujourd’hui d’imaginer un lieu où l’homme et la nature seraient en totale harmonie, un espace où il ne prendrait pas plus que ce dont il a besoin pour survivre et aurait une gratitude infinie pour ce qu’il emprunte. S’il existe encore quelques tribus dans le monde qui vivent ainsi, la majeure partie se modernise. Bérengère Cournut a décidé d’arrêter le temps au tout début des années 1900 pour entamer un récit singulier autour du quotidien extrême d’une jeune femme inuite. Et cela bien avant la colonisation et la sédentarisation forcée des peuples autochtones.

Toute la culture ancestrale des Inuits est mise en valeur, en premier lieu à travers les croyances. Bien souvent le récit réaliste joue de sa narration interne pour se donner des accents fantastiques. C’est subtil et les transitions se font avec une grande délicatesse, insufflant au texte toute sa qualité narrative. L’importance des traditions est au cœur de tout ce récit et les valeurs familiales se cultivent au quotidien pour combattre la mélancolie du soleil qui ne se lève pas durant de nombreux mois. De la construction de l’igloo à la chasse aux phoques, ouvrir De pierre et d’os entrave toute notion de temporalité le temps d’une lecture.

Si la prose de ce roman reste assez creuse, elle est néanmoins entrecoupée de nombreux passages chantés permettant bien souvent aux Inuits de se remémorer le passé à la nuit tombée, régler leurs comptes ou même déclamer l’amour quand les mots manquent. Un très bel hommage à l’oralité qui fait partie intégrante des contes et légendes transmis et racontés par les peuples du Grand Nord. Cela enclenche une rythmique très poétisée qui atténue nettement le petit défaut prosaïque. C’est initiatique, émouvant et intense.

De pierre et d’os incarne ces récits d’aventures où la nature s’évanouit à ses extrême pour laisser la difficulté entraver l’existence. Ecrire sur ce peuple, c’était donner l’aperçu d’une vie où l’on se contente de peu au cœur d’un espace que l’on sait indompté et indomptable. Une manière de vivre si loin de la nôtre qu’elle suscite forcément l’intérêt, et pour les plus mélancoliques d’entre nous, une tristesse certaine face aux rapports de force entre les humains.

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