Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba

Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba

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Encabanée, Gabrielle Filteau-Chiba – Trouble Bibliomane

Quitter la ville et ses immeubles à perte de vue pour un lopin de terre et une cabane rudimentaire dans l’arrière-pays du Kamouraska, c’est exactement ce qu’a fait Gabrielle Filteau-Chiba et en prime, elle s’en inspire pour écrire Encabanée. Disponible à partir d’aujourd’hui en format poche aux éditions Folio, ce premier tome d’une série de trois livres esquisse avec brio un cri du cœur contre un laisser-aller écologique désastreux.

Anouk a tout lâché. De sa vie à Montréal elle n’en garde que quelques effets, le strict nécessaire. Dans la région du Kamouraska, là où elle décide de s’installer, rien n’est facile. La température chute à -40°C, il faut casser la glace de la rivière pour récupérer de l’eau, laisser le poêle à bois constamment allumé et surtout s’adapter à la solitude des longs mois d’hiver. Un nouveau départ mental qui sera bientôt ébranlé par une rencontre pour le moins inattendue.

« Que perd-on exactement lorsqu’on abandonne papa ? J’ai quitté Montréal parce que je n’en pouvais plus de ces cadrans qui nous réveillent à l’aube, et du pas militaire des imperméables qui défilent dans les rues, cohortes de corneilles macabres avec leur mine d’enterrement, vers un travail qui pellette la neige par en avant. Le soir, les travailleurs épuisés gobent pilules et mauvaises nouvelles devant le téléviseur. Abandonner, n’est-ce pas fermer les yeux sur la banalité de notre existence ? »

Lorsque l’on observe le profil dignement engagé de Gabrielle Filteau-Chiba, le message d’Encabanée n’étonne guère. Il s’inscrit dans la lignée des romans québécois prônant une forme d’autarcie, souvenir des Premières Nations et hommage certain à leur ancienne vie nomade. Ils sont nombreux à l’écrire et à l’imaginer mais l’auteure montréalaise l’a expérimenté en 2013, vivant ainsi la difficulté d’un hiver éclairé aux lueurs boréales.

Derrière cette chaumière tout droit sortie d’un conte d’Andersen en moins cosy se dresse le portrait d’Anouk, personnage usé et dégouté par le modernisme ambiant, le goût amer des révolutions technologiques au détriment d’une nature préservée. Une âpreté qu’elle noie au même titre que sa solitude dans les effluves de Marie-Jeanne. Cette femme est délirante, intense, parfois fataliste mais définitivement autonome, osant se désolidariser d’une société qui ne lui sied pas.

Difficile alors de ne pas percevoir un discours féministe sous ce portrait, compliqué également de ne pas y voir l’engagement écologique à plusieurs reprises et c’est peut-être ce que l’on a envie de trouver, consciemment ou inconsciemment, dans un roman de Gabrielle Filteau-Chiba. L’envie même de se conforter dans ses propres idées à travers une rhétorique bien amenée ou se laisser surprendre par un autre reflet du monde.

Sous la plume envoutante de l’auteure québécoise, la nature se dessine à l’état brut, belle, dangereuse et indomptable comme son personnage. Il y a dans ce texte une hiérarchie des corps et des éléments où elle évolue en maître tandis que l’humain sait l’écouter et s’y soumettre comme un retour rêvé au règne de Saturne, une utopie vite essoufflée par la discorde humaine.

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