Le goût des garçons, Joy Majdalani

Le goût des garçons, Joy Majdalani

Le goût des garçons, Joy Majdalani Trouble Bibliomane Marie Jouvin
Le goût des garçons, Joy Majdalani – Trouble Bibliomane

Qui dit rentrée littéraire, dit premiers romans à découvrir. Pour débuter les festivités sur Trouble Bibliomane, un air de Beyrouth s’invite dans la bibliothèque avec Le goût des garçons de Joy Majdalani publié aux éditions Grasset dans la collection Le courage tout de pourpre vêtue, annonciatrice ici d’un thème qui soumettra peut-être certains esprits à de chaleureux souvenirs sensuels…

La narratrice a treize ans lorsqu’elle imagine pour la première fois les sensations procurées par le toucher d’un garçon, un premier baiser avec la langue et ce à quoi peut bien ressembler un sexe d’homme. Dans la cour du collège, tout pousse à se comparer aux autres filles, à leur physique et leur audace si précieuse pour plaire à la gent masculine. Et il y a cette tentation toujours plus forte de jouer au même jeu, découvrir ce que les mères interdisent et braver l’inconnu.

« Le désir que je rêvais de susciter n’avait pas de finalité précise. Je voulais être de celles qui causent des ébranlements incontrôlés. Les héroïnes des histoires racontées avaient la beauté violente qui provoque guerres et enlèvements. Une beauté pousse-au-crime. Là était mon programme. Nous en parlions sans honte : nous voulions d’un désir qui fasse perdre le contrôle. »

Le goût des garçons annonce évidemment dans son titre ce que l’on espère trouver entre les pages du roman de Joy Majdalani : la découverte de l’autre à un âge où tout nous est encore plus ou moins inconnu. Cru et sulfureux, il illustre ce rapport si complexe au genre encore étranger mais également à son propre corps souvent soumis à de lourdes incertitudes. Ainsi, la question de l’épilation, de la première coupe de cheveux et de la féminité à l’état pur marquent pour la narratrice le début d’une réelle conquête érotique que rien n’arrête. Cette apnée des premiers émois qui gagne les jeunes filles tard dans la nuit et ce fantasme inavouable de l’inconnu mêlé à l’interdit.

Alors Joy Majdalani raconte ce passage presque spirituel de l’enfance à l’adolescence, l’instant même où l’innocence s’évanouit pour laisser place à d’étranges contrées au creux d’une bouche. C’est aussi l’esquisse du complexe, des inquiétudes quant à sa propre image, de cette jalousie intense face à la pluralité des corps. Il y a quelque chose de très attendrissant dans Le goût des garçons qui laisse naître un semblant de nostalgie suscité par cette narration interne, poétique et érotique, la compassion de ceux qui savent.

Le lecteur se laisse enfin guider par des questions sous-jacentes à la beauté du texte sur l’impact réel qu’ont les autres lors de notre construction juvénile, cet instant-même où rien ne nous anime plus que d’être inconsciemment remarqué. Peut-être que le roman laisse entendre quelques pistes concernant la réponse : le début d’un imaginaire, bon ou mauvais, qui éveille en l’adolescent que nous étions un vent nouveau sur le rapport que nous créons à notre corps.

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