L’enfant qui regarde, Dany Laferrière

L’enfant qui regarde, Dany Laferrière

L’enfant qui regarde, Dany Laferrière – Trouble Bibliomane

Le mois dernier, Dany Laferrière a signé un très court ouvrage aux éditions Grasset quelques mois après Sur la route avec Bashô qui était agrémenté de nombreuses illustrations de l’auteur. Ici, pas de haïkus ni de pensées à l’horizon mais une prose bien ficelée.

Monsieur Gérard est un homme mystérieux et mutique mais adulé des jeunes filles comme des femmes mures. Il apprend au narrateur, son petit voisin, les sonorités subtiles de Wagner dans la pénombre de sa chambre. L’enfant des quartiers pauvres de Port-au-Prince est fasciné par cet ancien professeur d’une école pour jeunes filles mais il est le fruit de nombreuses rumeurs. On raconte qu’il se serait épris d’une femme mariée. L’idylle serait arrivée aux oreilles de son époux et ce dernier l’aurait giflé. Monsieur Gérard sortirait très peu de chez lui depuis ce jour. Qu’en est-il réellement ?

« Ce qui est sûr, c’est que Monsieur Gérard a un charme presque vénéneux qui fait qu’on se sent étrangement attiré par lui. Souvent, je surprends ma mère, cachée derrière les plantes grimpantes de notre galerie, en train de l’épier. »

Difficile de ne pas créer un pont entre le narrateur de cette nouvelle et celui de L’Odeur du café (Zulma) paru en 1991. Ils ont en commun cette figure juvénile qui s’y dresse de toute son innocente espièglerie pour percer à jour les secrets bien entretenus des adultes. En revanche, pas d’autobiographie assumée ici, juste l’illustration d’une étape de vie dans l’espace-temps haïtien que Dany Laferrière esquisse au cœur des quartiers pauvres de son pays.

Court mais intense, L’enfant qui regarde narre la puissance des questionnements enfantins, la figure tutélaire de l’adulte que l’on ne peut que respecter et les premiers émois face aux drames qui marquent l’existence et les souvenirs. La relation qu’entretiennent le narrateur et Monsieur Gérard a ce goût de l’unique dans laquelle Wagner trouve parfaitement sa place comme figure de transmission entre ancienne et jeune génération. La musique ouvre un champ de l’intemporel qui rassemble les esprits mais éclaire les failles émotionnelles que l’enfant, perspicace par son inexpérience, saisit immédiatement.

La nouvelle s’inscrit dans les faits banals du quotidien, comme bien souvent avec l’auteur canado-haïtien. Point de récit invraisemblable, juste un évènement de vie comme un autre qui porte un certain charme mais qui manque peut-être de ce que l’on aime réellement chez Dany Laferrière : cette connexion avec son espace dans les descriptions textuelles qui donnent à ses romans cette indéfinissable impression d’y être.

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