Noir, Sylvain Tesson

Noir, Sylvain Tesson

Noir, Sylvain Tesson – Trouble Bibliomane

On pourrait discuter des heures entières du rapport que Sylvain Tesson entretient avec la mort sans jamais avoir la certitude d’y trouver une vérité. Noir, qui sortira aux éditions Albin Michel le 4 mai, propose quelques pistes écrites et dessinées pour entrevoir un peu plus de l’esprit sibyllin de l’auteur de La panthère des neiges (Gallimard).

Sylvain Tesson croque des pendus depuis trente ans en désarmant l’acte de mort pour le changer en situation cocasse, drolatique ou terriblement sarcastique. Du pendu à un arbre à celui qui défie la faucheuse, le décès prête à sourire, le macabre n’existe plus sous le coup de plume de l’auteur et laisse place à l’audace de rendre la mort présente au quotidien pour mieux rappeler l’importance de la vie. De noir, il n’y a que la couleur de l’ouvrage, les dessins, eux, montrent simplement que nous sommes encore là pour les voir !

« Je suis prêt à demander pardon à celles et ceux (et aux corps intermédiaires) qui verraient dans ces fantaisies de plume et d’encre une désinvolture. Je leur présenterais mes excuses mais j’ajouterais qu’ils se trompent. Je ne voudrais en rien qu’ils m’accusent de mépriser la belle vertu du désespoir. Chacun fait ce qu’il veut avec l’imminence. »

On croirait lire Montaigne dans ses Essais lorsque Sylvain Tesson revient sur l’expérience qui changea en grande partie sa vision de la mort – à défaut de chuter d’un cheval, il chute du toit. D’une expérience dramatique, il tire quelques pensées philosophiques sur cette peur constante de la mort : à trop y penser, on ne vit plus. A ne jamais y penser, on se fait prendre par surprise.

Alors comment faire ? A coup de bagues en forme de crâne qui rappellent le vieil adage du memento mori ? Oui, certes, mais pas seulement. Dessiner le pendu sous toutes ses formes pour le tourner au ridicule, dompter la mort par le dessin et s’en éloigner le plus possible ? Totalement, mais ne jamais oublier qu’elle reste l’unique issue.

Alors l’auteur et voyageur dresse quelques pensées connues de l’Antiquité à nos jours osant aborder sans fard la question de la mort et la pendaison. Cendrars, Jankélévitch ou Billie Holiday font partie du panel qui illustre sa philosophie de vie (ou de mort) pour laisser place aux dessins en seconde partie d’ouvrage. Décalés et prêtant à faire sourire la majeure partie du temps, le pendu de Sylvain Tesson n’a plus rien d’un simple suicidé à travers ces deux cents croquis.

A une ère post épidémie dans laquelle la mort devient un concept que l’on souhaiterait mentionner le moins possible, Noir fera sûrement grincer les dents de certains lecteurs qui n’adhèreront pas l’anticonformisme de cette pensée et en confortera d’autres qui ne cesseront d’imaginer la vie à travers la mort. A savoir désormais où se trouve le juste milieu ! Mais Sylvain Tesson prend soin de ne pas mentionner Aristote pour nous le dire…

Du même auteur sur TroubleBibliomane : Un été avec Rimbaud, ed. Les Equateurs, 2021

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