Pourquoi pas la vie, Coline Pierré

Pourquoi pas la vie, Coline Pierré

Pourquoi pas la vie Coline Pierré Marie Jouvin Trouble Bibliomane
Pourquoi pas la vie, Coline Pierré – Trouble Bibliomane

Esope disait que l’on ne peut rien changer à son destin. Coline Pierré, elle, est d’avis que l’on peut le réécrire. Simple moyen de relancer les dés d’une vie dramatique, fanfiction ou les deux réunis, Pourquoi pas la vie est une question qui mérite d’être posée dans ce premier roman de l’autrice publié aux éditions L’Iconoclaste.

Londres, Hiver 1963. La poétesse Sylvia Plath est âgée de trente ans lorsqu’elle décide de mettre fin à ses jours dans son nouvel appartement. Femme au foyer en phase de divorce avec Ted Hughes, le père de ses deux enfants, Sylvia écrit dans l’ombre d’un auteur qui prend toute la lumière. Si elle n’avait pas décidé de mettre sa tête dans le four de la gazinière tout en allumant le gaz ce matin de février, que serait devenue de son vivant cette figure féministe mondialement connue ? Aurait-elle pu se délier d’une société littéraire dominée par la gent masculine ?

« Ted déteste les comédies musicales. Chaque fois qu’elle l’a emmené au cinéma en voir une il en est sorti renfrogné, agacé. Trop d’américanités pour lui, pas assez sérieux. Comme si l’austérité était un gage de bon goût. Elle aurait dû se méfier : on ne peut pas faire confiance à quelqu’un qu’un numéro de claquettes ne rend pas heureux. »

« Réparer l’injustice » semble scander chaque page du roman de Coline Pierré. L’atmosphère des Swinging Sixties colorée et pleine de vitalité jure avec la dépression de Sylvia Plath, terrée dans son appartement londonien. Deux salles, deux ambiances, pourrait-on même dire. Alors qu’on la sait vouée au suicide, l’autrice alsacienne – et audacieuse, lui modèle un autre destin ; celui de survivre, d’oser et d’affronter le monde pour faire valoir ce talent d’écriture avorté.

Alors qu’un ultime but d’émancipation se trace au fil des pages loin d’une maternité anxiogène, le roman déroule l’esprit brillant de la poétesse, sa faculté à observer et ressentir les maux pour en décrire la teneur. En avance sur son temps, elle aura abordé le délicat sujet de la dépression dans La cloche de détresse, appel à l’aide et prémonition macabre que personne n’a vue comme autre chose qu’un acte littéraire. Personne n’aura réellement entendu les affres d’une vie régie par les conditions bienséantes imposées aux femmes de l’époque.

On a forcément envie de croire à ce roman qui fait renaître une autrice majeure partie trop tôt, lui donner une chance de briller enfin. Cependant, beaucoup de passages altèrent la lecture, passant de moments puissants et chahutés à d’autres où l’on peine à croire à ce deuxième destin parfois trop optimiste. On le referme mitigé par la narration mais terriblement heureux d’y trouver cette nécessité absolue de Coline Pierré à raconter jusqu’où le manque d’indépendance pouvait mener et la façon dont cela aurait pu être évité.

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