Ecrits (1935-1959), Pablo Picasso

Ecrits (1935-1959), Pablo Picasso

Ecrits Pablo Picasso Marie Jouvin Trouble Bibliomane
Ecrits (1935-1959), Pablo Picasso – Trouble Bibliomane

Pablo Picasso dira un jour à un ami : « au fond, je suis un poète qui a mal tourné » et si le sens de poète est tout à fait relatif, le peintre espagnol n’en est pas moins sincère puisque ses écrits, pour la plupart méconnus, sont indispensables à la compréhension de toute son œuvre. Marie-Laure Bernadac et Christine Piot se sont attelées à la lourde mais merveilleuse tâche de présenter son travail et le commenter aux éditions Gallimardcollection Quarto.

A presque 54 ans, Pablo Picasso se plonge dans l’écriture avec une compulsion folle. Tout support fait l’affaire, même le papier hygiénique. De 1939 à 1955, 340 textes poétiques verront le jour et deux pièces de théâtre en français comme en espagnol. L’écriture picassienne a cette particularité de ne ressembler à aucune autre. Elle se veut lyrique mais indéniablement surréaliste, choquante mais profondément douce. Elle s’écoute, se lit et s’observe à l’image même de ses œuvres picturales. En somme et disons-le franchement, elle ose la visualisation à tous les étages.

« noires les feuilles du potager vont écrire leur vie à tire-d’aile les branches songeront aux arcs de l’avenir et seront douces et sages comme des images votives et si criardes qu’elles paraissent et si domestiquée leur haleine commodément assises devant le feu en lisant le journal pointeront les coups du destin sur l’ardoise. Charge de souvenirs aux bras croisés la ronde déroule ses musiques dans l’acide le grand mouton ailé sonne la cloche au loin »

De l’automatisme verbal et prosaïque au vers libre, Picasso aura ouvert le champ des possibles par la porte du surréalisme. Une influence sûrement évidente à en voir ses fréquentations, toujours à condition d’y trouver un effet subversif. Fût-il totalement accepté et reconnu par les poètes contemporains comme étant l’un des leurs ? Cela reste à vérifier mais sa façon d’écrire surprend, prête à sourire et intrigue. C’est déjà gagner l’intérêt de grandes figures de la poésie. En bandit de la ponctuation et de l’orthographe, Picasso réinvente la langue, les fautes, casse les codes des prises de souffle, se fout des virgules, des points à la ligne et rien que pour l’originalité anti-académicienne de le voir écrire plus que peindre, on apprécie déjà.

Quitte à faire de la peinture, de la poésie et du théâtre, pourquoi ne pas prendre la route vers la forme romanesque ? A cette interrogation, Marie-Laure Bernadac ne peut s’empêcher de répondre avec un certain humour qu’elle est trop codifiée pour un homme comme Pablo Picasso, qu’il lui faudrait tenir une intrigue sur plusieurs dizaines de pages alors que que le concernant, les meilleures sont les plus courtes. A le lire, son écriture est un agrégat parfois complexe de symboles et d’espérances nouvelles qui traversent les zones d’ombre et de lumière de la vie du peintre. Y sont bien sûr présents les couleurs, ce bleu intense et redondant, ses pinceaux qui ne sont jamais bien loin, les femmes de sa vie, le toro, sans oublier le plaisir ardent de la sexualité et de l’amour dans toute sa tragédie.

Picasso écrit comme il vit, c’est-à-dire dans l’instant, au carrefour de ce qu’il connaît et de ce qu’il découvre de lui-même et des autres par l’écriture. C’est sans bornes.

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