Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière

Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière

Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière – Trouble Bibliomane

A chaque été son rituel. Ici, une chronique sur un roman de Dany Laferrière est souvent de la partie. Cette année, le choix s’est porté sur la genèse bibliographique de l’académicien, autrement dit Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer publié aux éditions Zulma. Trente-sept ans après sa sortie, le premier roman de l’auteur canadien d’origine haïtienne n’a pas perdu de sa superbe.

Dans le Montréal des années 70, deux jeunes Noirs vivent une existence psalmodique dans un studio vétuste du quartier Saint-Denis. L’un est un véritable ascète faisant la sieste à longueur de journée entre deux lectures de versets coraniques. L’autre écrit son premier roman sur sa vieille Remington quand il ne fait pas l’amour aux Blanches des beaux quartiers. Le reste du temps, ils écoutent du jazz. La vie suit son cours mais toujours l’opposition persiste, il n’y a pas d’hommes et de femmes, il y a les Nègres et les Blanches.

« Qui pourrait comprendre le déchirement du Nègre qui veut à tout prix devenir Blanc, sans couper avec ses racines ? Connaissez-vous un Blanc qui désire, ainsi, de but en blanc, devenir Nègre ? Peut-être y en a-t-il mais c’est à cause du rythme, du jazz, de la blancheur des dents, du bronzage éternel, du fun noir, du rire aigu. Je parle d’un Blanc qui voudrait devenir Noir, juste comme ça. Moi, je voudrais être Blanc. Bon, disons que je ne suis pas totalement désintéressé, je voudrais être un Blanc amélioré. »

Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer relève plusieurs interrogations : doit-on le caractériser de roman social ou de roman cathartique ? Est-il les deux à la fois ? Loin de vouloir le ranger dans une case bien précise car son hybridité nous l’en empêche, Dany Laferrière n’en dresse pas moins un portrait juste et incisif sur les injustices raciales nord-américaines tout en y ajoutant un esprit trivial très plaisant. Sans surprise, il suffit de voir l’un de ses personnages citer Bukowski pour comprendre de quel bois il se chauffe – a priori la marque d’un dévergondage absolu tout à fait philosophique et conscient.

Alors tout est là pour mener à bien cette étude anthropo-littéraire sur le rapport qu’entretiennent les Blanches et les Noirs. Mais pas n’importe quelle Blanche avec n’importe quel Noir : celle issue de la bourgeoisie à qui l’on autorise à peu près tout à l’exception d’un coït endiablé avec « le Nègre ». Ce sont des « Miz Littérature » ou « Miz Snob » comme le narrateur apprécie les surnommer car le prénom n’est pas d’usage. Face à eux, l’éternel fossé de ceux qui se baisent sans se toucher, qui s’écoutent sans se comprendre et qui usent mutuellement du fantasme pour asservir l’autre ou s’en venger.

Ce rapport complexe porte en lui toutes les problématiques raciales ornées de sentences au goût d’épitaphes : « on ne naît pas Nègre, on le devient ». Dans ce premier roman, Dany Laferrière pose les bases de ce qui constituera ensuite l’entièreté de son œuvre, une Négritude moderne, un état des lieux et l’espoir d’un retour aux sources pour se comprendre en tant qu’individu.

Du même auteur sur le blog :

L’enfant qui regarde, éditions Grasset (2022)

Sur la route avec Basho, éditions Grasset (2021)

L’Odeur du café, éditions Zulma (2001)

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