Le salon, Oscar Lalo

Le salon, Oscar Lalo

Le salon Oscar Lalo Marie Jouvin Trouble Bibliomane
Le salon, Oscar Lalo – Trouble Bibliomane

Oscar Lalo est un touche-à-tout. Une vie dans les plaidoiries, une autre dans les scénarios alors pourquoi pas les livres. Deux ans après La race des orphelins (Belfond), le temps est donc venu d’un troisième roman dans lequel découvrir la littérature donne place à un débat des plus socratiens entre le plaisir des mots et la quête de soi.

Lorsque l’on découvre La tentation de Saint Antoine dans un bac à un euro chez un libraire et que l’on est un néophyte littéraire, cela ne peut qu’interpeller. Gustave Flaubert n’évoque à ce moment-là qu’un nom de rue et une curiosité certaine pour l’étrange écrit au titre christique. Le tout, c’est de l’acheter. Mais pouvait-on pertinemment savoir que cet acte, aussi innocent soit-il, provoquerait une chaîne d’événements des plus improbables qui mènerait vers une réelle quête initiatique : celle des livres ? Mieux encore, une connaissance de soi décuplée. Toujours est-il que nous en sommes là : le narrateur achète ce livre et par un concours de circonstances assez désastreux, s’en trouve à devoir faire un salon littéraire chez un styliste visagiste pour payer la dette d’un mauvais coup de tondeuse. Reste à savoir s’il faut soi-même aimer une œuvre pour réussir à la faire aimer à quelqu’un d’autre…

« Quatre chrysalides emmaillotées de blanc entourent leur maître à distance respectueuse. Crânes rasés, tout juste pondus de l’adolescence, raides et attentifs, ils complètent harmonieusement le tableau. Cette muraille de soie me protège du reste du salon dont le vacarme semble s’évanouir, comme quand le chef d’orchestre ouvre ses ailes pour saisir au vol l’attention des musiciens et faire taire le public. »

Oscar Lalo aborde la passion littéraire par un personnage tout bonnement émasculé par son père, qui, après la mort de la mère durant l’adolescence, se fait surprotéger par cette figure patriarcale imposante. Devenant un vieux garçon assez rapidement, son héros se gave de séries sans avoir la possibilité de se créer une vie sociale au dehors de cet appartement familial. Puceau, frustré et mauvais à bien des égards, ce passage fortuit devant la librairie entame le début d’une intrigue philosophique. Aux confins de la connaissance des Arts et de soi, le personnage naît une deuxième fois à travers cette découverte de l’objet livre, rencontrant par la même occasion le libraire qui très rapidement deviendra son mentor.

L’auteur construit un chemin de croix au travers d’un salon de coiffure dans lequel le narrateur initiera bientôt un autre homme à la subtilité des écrits de Gustave Flaubert. Le tout est de savoir le faire même quand il s’agit de l’un des romans les moins fluides du célèbre écrivain. Le narrateur au parlé incisif et cynique évoque souvent par son comportement désabusé Michel H., non pas l’auteur célèbre mais le personnage neurasthénique de J.M Erre dans Le bonheur est au fond du couloir à gauche (Buchet-Chastel). Sa rébellion constante, son âme d’éternel adolescent quarantenaire n’inspirent cependant ni pitié, ni empathie. Là où la pensée philosophique est amenée merveilleusement bien, stimulant de toute part le lecteur, le poussant à découvrir sous un nouveau jour Nerval, Proust, Rabelais ou Socrate, tout en son personnage principal est assez détestable.

Le narrateur reste à la surface d’une pensée générale et littéraire qui semble ouvrir des milliers de portes. Sa quête a ses limites là où elle ne devrait pas en avoir. Outre la perte maternelle qui ébranle l’adulescent qu’il est depuis des années, sa fragilité reste troublée par un portrait psychologique fade qui donne au roman un manque d’harmonie général. Le lien maître-élève qu’entretiennent le novice et le libraire donne cependant au roman matière à réfléchir, amenant plusieurs perceptions sur la littérature, poussant presque la discussion aux soliloques pour tenter le percer le secret de cet art, son impact sur l’être passionné et celui qui entreprend de s’y aventurer. Une chose est certaine, les crises existentielles sont bien plus salvatrices un roman à la main.

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