La grosse laide, Marie-Noëlle Hébert

La grosse laide, Marie-Noëlle Hébert

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La grosse laide, Marie-Noëlle Hébert – Trouble Bibliomane

A observer les détails minutieux de son premier roman graphique, les expressions poignantes et le mouvement aérien de ses personnages, on peine à croire que Marie-Noëlle Hébert est une autodidacte montréalaise de la première heure. La grosse laide publié aux éditions des Equateurs est né de ce coup de crayon aussi réaliste que le sujet qui y est abordé.

Marie-Noëlle prend conscience de son poids dès l’enfance. A l’école, ses camarades le lui disent. A la maison, sa famille prend le relais. Les mots sont un gouffre qui l’aspirent. Elle rêve qu’un garçon la regarde enfin et avant tout, c’est elle-même qu’elle voudrait regarder sans honte dans la glace. Tout en grandissant, Marie-Noëlle évolue et se souvient avec amertume de ces années douloureuses à se détester et se mépriser, ce temps retrouvé et celui de perdu. Qu’en est-il désormais ?

La beauté a une odeur de vraisemblance que certains appelleraient « cathartique » en lisant la bande dessinée de l’autrice et illustratrice québécoise. Ces tracés épurés au crayon de plomb déroulent l’existence d’une jeune femme terriblement mal dans sa peau dont le physique est un réel barrage à l’acceptation de soi. Véritables scènes de vie, le roman graphique de Marie-Noëlle Hébert est le témoignage d’une adolescence martyrisée par les mots. Ils induisent le jugement, des critères de beauté déformés par des diktats qui affaiblissent volontiers les plus émotifs. De l’illustration au texte, la compulsion alimentaire se dévoile subtilement puis salement. La nourriture devient un refuge à un monde extérieur avide de détruire tout ce qui n’entre pas dans les codes sociétaux.

Pudiques et incisives, les illustrations dévoilent petit à petit l’intimité, le regard que l’on porte sur soi et une capacité certaine à dompter les souvenirs les plus douloureux pour raconter une histoire personnelle. Tout de noir et de blanc, Marie-Noëlle Hébert parle d’elle pour parler de tous les autres ouvrant ainsi de son crayon les brèches d’un récit pluriel avec beaucoup d’humilité. Ici, pas de grandes phrases héroïques pour annoncer s’être sortie de la spirale infernale de son mal-être. Juste quelques sourires de plus et des regards bien affirmés qui apparaissent au fil des pages. Une expression nouvelle fort loin des premières sentences où l’on lit « 20 ans. J’habite toute seule dans un grand appartement. Les murs sont couverts de cadres, de photos. De souvenirs. Mais c’est quand même vide ».

La grosse laide ne déroge pas à la « règle » de ces premiers ouvrages qui semblent être publiés pour élaborer le portrait de ses propres souffrances au lecteur. Ici, cela prend tout son sens car la justesse des actions et la nécessité des mots offrent un réconfort certain à celui qui s’y retrouve, un engagement évident à celui que ça révolte et de l’espoir à ceux qui découvrent simplement le passé puis le présent de cette jeune femme.

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