Simone, Léa Chauvel-Lévy

Simone, Léa Chauvel-Lévy

Simone, Léa Chauvel-Lévy – Trouble Bibliomane

En août 2021 paraissait Simone, premier roman de la journaliste et directrice artistique Léa Chauvel-Lévy aux éditions de l’Observatoire. Sur les traces des dadaïstes, l’écrivaine laisse émerger un portrait féminin pour le moins iconique, une personnalité d’abord connue sous le patronyme de Simone Kahn puis sous celui de Simone Breton.

En 1920, le paysage surréaliste voit apparaître le nom de Simone Kahn. A seulement vingt-trois ans, cette passionnée d’art et de littérature née au Pérou rencontre André Breton par l’intermédiaire de son amie Bianca. Ce n’est encore qu’un artiste besogneux qui se cherche et recherche l’inspiration en toute chose. Dans le Paris d’après-guerre, le coup de foudre opère et les deux amants s’aiment autant qu’ils débattent, fréquentent le milieu dadaïste dans lequel Simone rencontre Tristan Tzara, Paul Eluard et bien d’autres personnalités qui l’intrigueront et l’exaspéreront plus d’une fois. S’ils vivent d’amour et d’eau fraîche, cela ne suffit pas aux parents de la jeune femme qui destinent leur enfant aux bras d’un autre homme à l’avenir plus prospère que celui d’un artiste en devenir.

« Elle avait été cette enfant née dans un ailleurs lointain. Elle s’imaginait le raconter un jour à Breton. Doucement, tout ce qu’elle faisait la ramenait à lui. De ce lien imaginaire, elle sourit. Elle avait rencontré ce qu’elle surnommait depuis leur première rencontre « un type ». C’était, elle le savait désormais, bien plus qu’un simple type. »

Le roman s’initie dans la brutalité d’un avortement à l’ancienne, à l’heure où seule l’aiguille à tricoter décide du sort de chacune. Simone Rachel Kahn est tombée enceinte par accident et ne peut garder l’enfant car « hors mariage, impensable » peut-on lire. On y apprend que ce n’est pas la première fois que son corps est brutalisé, démembré de toute dignité. Elle apparaît comme une personnalité émancipée mais psychologiquement affaiblie par les vestiges du passé. Ainsi entre-on dans le début de vie adulte de cette femme sans avoir la certitude que l’innocence de l’enfance ait existé un jour. Léa Chauvel-Lévy prend le parti d’illustrer toute la complexité de son état d’esprit tout en suggérant les traumas çà et là.

Le roman se tourne assez rapidement vers l’illustre rencontre : André Breton entre dans sa vie, « cet homme avait envoyé valser depuis bien longtemps les conventions et n’aimait rien moins que la pagaille. ». De ce couple célèbre, il n’en reste que les sentiments profonds et véritables sous la plume de la jeune écrivaine. Ils sont démystifiés, sortis des archives et des ouvrages d’art pour n’être que deux amants qui se découvrent dans leur plus simple apparat. Cette banalité les rend exquis, accessibles, on parle ici d’histoire d’amour à l’état brut. C’est la romance qui émeut, pousse à l’excès, celle qui trouble, « elle avait même cru apercevoir son reflet alors qu’elle se regardait dans la vitre d’un coiffeur ».

Avec joie, le lecteur peut (re)découvrir tout le cercle dadaïste plein de contradictions, de querelles mais également de fraternité. Il parcourt invariablement les paysages qui ont vu naître l’idylle des futurs époux : la Lorraine peu vallonnée et Sarreguemines, les avenues de Paris ou les bourrasques de Saint-Malo aux télégrammes envolés. Léa Chauvel-Lévy offre un panorama très bien ficelé de ce pan de l’histoire de l’art aux personnalités inoubliables, à l’avènement du dadaïsme et au destin contrarié d’une femme qui rayonne par sa grandeur d’âme.

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